« Valparaíso - Mendoza - HUMAHUACA III | Page d'accueil | 6 MILLIARDS DE SOLITUDES »
22 mars 2006
Buenos Aires - Patagonia - II
15 heures de vol c'est long. La première impression du sous-continent est le survol des terres agricoles le long du fleuve Uruguay, là ou se dessinent trois frontières, le brésil, l'uruguay et l'argentine. Puis, c'est Rio de Plata, un delta rougeâtre à l'échelle américaine, avec une largeur pouvant atteindre 300 klms à ce que m'a dit un argentin dans l'avion... c'est quand même douteux. J'ai déjà le sentiment que les argentins sont tous un peu marseillais... Bref, le premier et véritable contact terrestre sera dans la voiture du REMIS de la Legua (une compagnie de taxi) qui a pour mission périlleuse de nous acheminer aux "head quarters" de Anton Kraus Latinoamerica. Je dis "périlleuse" car conduire à Buenos Aires, c'est pas de la tartelette à la fraise. Aussi à ce qu'on m'a dit, les argentins n'ont pas grands troubles à obtenir leur permis de conduire, il suffit de répondre à trois questions et même parfois de graisser la papatte, et hop, on peut doubler à fond les biélons, à droite, à gauche, sur la bande d'arrêt d'urgence, couper les lignes continues, rouler à cheval entre deux voies et klaxonner à tout champs pour faire dégager les encombrants... Bien qu'un peu crispé à la place du co-pilote, je me suis souvenu des histoires de conduite chevaleresque de Marinux. Le pire c'est que les avenues de Buenos Aires comportent au minimum 3 voies, la plus large en ayant 8 environ (one way), c'est 9 de Julio. Conduire est donc comme jouer au flipper. Anton Kraus est un bavarois qui a monté sa boite de machinerie d'embouteillage de bouteille (en verre, plastique, whatever), c'est notre contact à Buenos Aires. Grosse Mercedes Benz immatriculée au Paraguay, vitres teintées, on est à peine arrivé qu'on repart déjà pour un tour de poursuite automobile vers Chascomus, à environ 180 klms au sud de la capitale fédérale. Anton roule en seigneur à 160 klm quand la loi autorise 100... bref, une tête brûlée du zigzag. Quand je ne regarde pas la route, je vois les premières viandes à grande vitesse, des troupeaux de bétails de part et d'autre de l'autoroute...Chascomus c'est déjà la Pampa, c'est vert, c'est tranquille, des vaches et des moustiques. Puis, on transite des champs au supermarché JUMBO, 46 caisses, moderne, propre, attrayant, on s'approvisionne pour la PARRILLADA (le barbecue) de ce soir. Du supermarché à la résidence privée et surveillée (en anglais "gated community", en espagnol "barrio privado"), on passe devant les VILLAS DE MISERIA de Buenos Aires (les bidonvilles argentins), genre camps de réfugiés en taule et plastique dans la boue, les enfants jouent à la baballe crevée le long des poubelles et de l'autoroute, il paraît que ça forge le caractère. Je me souviens alors de la belle chanson d'Aznavour qui dit qu'au soleil, la misère est plus facile à supporter... hum. Donc, on arrive à La Laguna del Sol, un de ces nouveaux quartiers en vogue, où les classes aisées se retrouvent entre clôtures et vigiles armés, c'est une ambiance sympa, un peu comme aux douanes américaines. Une illusion de tranquilité, un confort artificiel, une maison stéréotypée avec la bobonne péruvienne, je veux dire l'esclave péruvienne. Nous mangeons notre premier ASADO (viande au barbac), c'est pas une légende, c'est trés bon, surtout autour de la piscine (hé hé). BUENOS AIRES, métropole de 15 millions de porteños, qui transitent sans arrêt, ça grouille, ça sent la pollution à plein cancer. Je discute politique avec les chauffeurs de taxi, ils sont adorables, ils chantent avec leur semi accent italien, j'adore. Les quartiers LA BOCA, SAN TELMO, RECOLETA, SAN ISIDRO, PUERTO MADERO, puis TIGRE et le centre ville des artères à n'en plus finir. Je mange mes premières empanadas.
Julie, Anna et moi, partons pour la PATAGONIA avec un vol intérieur hautement polluant pour rejoindre El Calafate (coût de 85 euros aller simple par tête de pipe). Aerolineas Argentinas, 3 heures de vol. On survole la steppe patagonienne jusqu'aux rives du Lago Argentino, le plus grand lac du pays, semble-t-il. Un mélange d'ocre et turquoise parsemé de taches vertes et grises, des arbustes et des roches. L'attraction du coin est le fameux glacier Perito Moreno, le seul bout de glace qui avance de quelques centimètres par semaine, un pied de nez au réchauffement climatique. Spectaculaire, féerique ! Je rencontre encore des argentins avec qui nous parlons politique... les argentins s'amusent (comme nous les français grandes gueules) à parler politique, tout le monde est d'accord. Deux jours plus tard, nous rejoignons en bus (environ 11 heures de route de terre pour faire 250 klms pas plus, par la mythique route 40, genre tape-cul pour 50 $US par personne de paysages de toute beauté) le village touristique de El Chaltén, portes du parc national LOS GLACIARES. C'est cher par rapport à l'avion, mais ça vaut le coup! Le parc des glaciers est certainement un incontournable de la Patagonie argentine, avec ces pics enneigés : Fitz Roy, Torre, et bien sûr ces nombreux glaciers aux couleurs quartz blanc, rose et turquoise. On y reste environ 4 nuits, quelques randos bien sympas même si le deuxième jour on se fait complètement rincer. Mais, comme récompense nous découvrons la pâtisserie Los Salteños, un délice à prix défiant toute concurrence. Julie découvre son addiction au DULCE DE LECHE. On se gave. Directions Los Antiguos, au nord, encore une longue journée de bus avec de superbes paysages, des guanacos, des chevaux, des vaches, des autruches nommées réas et ma rencontre intime avec ce qui ressemblait à un gros lapin sans oreilles... un ragondin ou un rongeur de la même famille. Je faisais tranquillement pipi au pied d’un petit buisson quand monsieur rongeur est passé par-là, m’a regardé du coin de l’œil et a repris son chemin. Los Antiguos est un village paisible au bord du grand lac Lago Buenos Aires, toujours dans la province de Santa Cruz. Le village est réputé pour ses vergers et son festival de la cerise. Les chacras (fermes agricoles de petite taille) offrent des produits locaux et des petit-déj à toute heure de la journée. A trois kilomètres se trouve la frontière chilienne et un peu plus loin Chile Chico, le village du soleil (ah bon !?).
Carretera Austral
Los Antiguos (2 nuits) - Chile Chico (passage au Chili). Nous ne restons que quelques heures dans ce petit village frontalier (qui semble jouir d'un micro climat ensoleillé...) pour nous rendre en colectivo à Puerto Guadal à quelques kilometres au sud le long du lac General Carreras. Paysages superbes de la patagonie chilienne avec des vues surplombant les eaux turquoises du lac. La route de terre et caillasses sillonne en TABARNAK mais ça vaut franchement le coup.
Puerto Guadal est un petit village modeste avec un cimetière perché sur une légère colline. L'auberge où nous resterons, nous et nos autres amis voyageurs (deux suisses allemands et deux argentins de Buenos Aires) est celle d'un vieil homme, un personnage à lui seul, plein de blagues et d'histoires captivantes. La première question qu'il posa au chauffeur du colectivo en arrivant était si parmi nous il y avait des israéliens...? Semble-t-il que les israéliens ne sont pas les bienvenus ici. Nous devions tous rejoindre Cohaique et l'omnibus qui devait nous y amener au matin nous avisa à la dernière minute que le véhicule était en panne, ah ah! Du coup, Jorge et moi partons à la recherche d'un chauffeur potentiel qui allait nous conduire au croisement de la Carretera Austral à une dizaine de kilomètres de là, afin que nous attrapions le seul bus journalier pour Cohaique. Au bout d'une bonne heure de tergiversations stériles, le destin nous envoie chez les carabiniers locaux...qui nous expliquent que eux ont un véhicule mais qu'il ne faut surtout pas que les villageois nous voient monter dedans, sinon ça la fout mal !? Heureusement, la réputation des hommes de l'ordre ne sera pas souillée, par chance, un haut gradé nous trouve finalement un conducteur, qui passa nous chercher quelques minutes plus tard à la porte de la bonne auberge. OUF, on arrive à temps pour choper le bus de Cohaique. Au début on est debout, car en surcapacité, mais no big deal, des passagers descendent et nous voilà assis pour 7 heures de routes de terre (ripio) - Cohaique, n'offre pas grand intérêt si ce n'est la nature environnante... ça ressemble à la Suisse, champs, vaches et montagnes. À Chaiten ...rencontre avec une adorable famille de pêcheurs qui nous invite à nous réchauffer un peu et boire le mate autour du pôelle dans leur très humble maison en bois. Ça sent le poisson, le papa prépare la boisson, le mate est sucré. Des clients viennent acheter du poisson... le papa pêcheur est curieux, nous pose des questions et apprend que la Grande Bretagne est une île! Le soir même nous retournons à la Cocinería manger les empanadas aux fruits de mer préparées par son épouse... un délice. Moralité, ce sont presque toujours ceux qui ont le moins qui offrent le plus, nothing new. Je crois que ces quelques heures passées en leur compagnie resteront le point culminant de notre passage en Patagonie. Kiss kiss goodbye, Chaíten, nous rejoignons Puerto Montt (en traversier de nuit - 13 heures). La Carretera Austral s'arrète ici. Faut savoir que c'est ce connard de Pinochet qui fit tracer et construire cette route de terre, dans la région le dictateur semble populaire... on y trouve des monuments comémoratifs flambant neufs. Nous voilà maintenant à Puerto Montt et la pluie a enfin cessé... pour quelques heures. 2 jours plus tard, nous remonterons tranquillement en train vers Santiago de Chile...
On retrouve la chaleur et le soleil....poil aux orteils. À SUIVRE.
17:30 Publié dans CONO SUR | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note